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Les sanctions économiques, une arme qui peut faire long feu

Selon les études les plus optimistes, seul un tiers des sanctions ont atteint à ce jour leur objectif politique

Le rouble est en chute libre tout comme les actions cotées à la bourse de Moscou ; certains produits viennent à manquer et les prix augmentent tandis que la fuite des capitaux prend une tournure spectaculaire et que la croissance est en berne… Les sanctions occidentales prises ces derniers mois contre la Russie n’ont pas tardé à porter leurs effets. Sans pour autant calmer les ardeurs belliqueuses de Vladimir Poutine en Ukraine ni entamer, pour l’instant, sa popularité dans l’opinion publique.

L’objectif économique est atteint, pas le politique. «Il y a une certaine résilience qu’il ne faut pas sous-estimer, mes amis russes m’expliquent qu’ils ont connu pire et qu’ils sont prêts à faire des sacrifices. Les références du Kremlin à la seconde guerre mondiale sont entrées dans la tête de la population» constate Tatiana Kastoueva-Jean, responsable du Centre Russie/NEI à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

De quoi relancer le débat sur l’efficacité des mesures coercitives. Les contre-exemples abondent. L’un des plus anciens est Cuba où en dépit d’un embargo commercial décrété par les Etats-Unis en 1962 qui aurait coûté à l’île plus de 108 milliards de dollars (deux fois son PIB 2006), le régime castriste est toujours en place. Initiées par les Américains en 1979 à la suite de la révolution des mollahs avant d’être renforcées en 2006 par les Nations unies avec l’objectif d’amener Téhéran à suspendre son programme nucléaire, les mesures de rétorsion prises contre l’Iran n’ont pas plus été couronnées de succès à ce jour. Le pays qui comptait un millier de centrifugeuses il y a huit ans en disposerait aujourd’hui d’une douzaine de mille.

«Les sanctions ne facilitent guère la résolution des conflits, elles contribuent au contraire au durcissement des fronts opposés» estimait l’an dernier, Ali Fathollah-Nejad un chercheur iranien du German Orient Institute lors d’un colloque organisé par l’Académie de géopolitique au Palais du Luxembourg. «Contrairement à ce qui est dit sur leurs effets, elles affaiblissent en réalité les couches sociales moyennes et les plus fragiles et ainsi l’emprise de l’Etat sur la société s’accroît». Réalisé en 2009, un rapport de l’Institut des Hautes études de défense nationale (Ihedn) évoque aussi le fiasco irakien après l‘invasion du Koweït où l’embargo pétrolier décrété par les Occidentaux a provoqué une chute spectaculaire du PIB par habitant (3510 dollars en 1989, 450 dollars en 1996) sans ébranler le pouvoir de Saddam Hussein. Jusqu’à ce que les Américains et les Britanniques usent de la manière forte.

Sous la houlette de Thomas Biersteker, professeur à l’Institut des hautes études internationales et du développement (HEID) de Genève, une vaste recherche est menée depuis quelques années par une quarantaine d’universitaires sur les 22 régimes de sanctions intelligentes instaurés par l’ONU depuis 1991. Le résultat qui se trouve sur une application gratuite pour Ipad et Iphone (SanctionsApp) chiffre à 22% leur taux d’efficacité avec un changement de comportement des pays visés dans 10% des cas et une limitation de leurs capacités d’action dans 28% des cas. Menée par trois chercheurs américains, une étude plus ancienne portant sur 115 régimes de sanctions adoptés entre 1914 et 1990, arrive à un taux de réussite de 34%. Résultat que conteste le politologue Robert A. Pape,professeur à l’université de Chicago, qui ramène le chiffre à 5%. A ses yeux, «les sanctions économiques sont souvent le prélude à un recours à la force».

 

SOURCE

Gilles Sengès (2014) “Les sanctions économiques, une arme qui peut faire long feu : Selon les études les plus optimistes, seul un tiers des sanctions ont atteint à ce jour leur objectif politique“, L’Opinion: Quotidien libéral politique, économie, international (France), is à jour le

 

INFO IN ENGLISH

The last item is an article on the political efficacy of sanctions, in which Ali Fathollah-Nejad is quoted. Published early September 2014 in the French daily L’Opinion.